De nombreux lieux commémoratifs constituent l’une des
particularités de Berlin, cette ville tant marquée par l’Histoire. Depuis la
chute du mur, ils sont devenus encore plus nombreux et méritent d’être connus
au même titre que les plus grandes attractions touristiques de la capitale
allemande.
L’
église du Souvenir (en allemand :
Gedächtniskirche)
porte bien son nom. Située sur le
Kurfürstendamm (une des plus célèbres
avenues de Berlin), elle a été construite entre
1891 et 1895 selon un
projet de Franz Schwechten, consacré au premier empereur d'Allemagne, Guillaume
Ier , ainsi qu'à la victoire de Sedan sur l'armée française en 1870.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'édifice a été en grande partie détruit
le 23 novembre 1943 pendant un bombardement aérien. Tout ce qui reste de
l'ancien bâtiment sont le porche d'entrée, le mur d'enceinte de l'abside, une
tour arrière et les ruines du clocher écimé, connu également sous le nom de
hohler
Zahn (dent creuse).
Après la guerre, de 1959 à 1961, une nouvelle église a été construite selon
un projet d’Egon Eiermann (gagnant du concours d'architecture en mars 1957), à
l'emplacement des ruines de la nef, du transept et du chœur de l’ancien édifice.
Initialement, le projet d'Eiermann prévoyait la démolition complète de
l'ancienne église mais devant l'opposition de nombreux Berlinois, un compromis
a été trouvé et la tour en ruines a été conservée en mémoire de la guerre.
Les vitraux du nouveau bâtiment furent réalisés par Gabriel Loire. L'église
comporte une croix faite de clous provenant de l’ancienne cathédrale de
Coventry détruite par des bombes nazies en Angleterre. En plus elle abrite une
croix iconique de l’Église orthodoxe russe et une illustration connue sous le
nom de la
Madone de Stalingrad réalisée par le lieutenant Kurt Reuber,
en décembre 1942 à Stalingrad (aujourd'hui Volgograd), telle un symbole de la
réconciliation entre les trois pays précédemment en guerre.
Le Mémorial soviétique de Tiergarten est un monument et un cimetière
militaire. Ce mémorial est dédié aux 81 116 combattants de l'Armée rouge
tombés durant la bataille de Berlin, en avril-mai 1945, mettant le point final
à la Seconde Guerre mondiale.
Bien que situé en secteur occidental durant la séparation de la ville, sa
construction fut soutenue par l'ensemble des puissances alliés.
Même durant la guerre froide, des soldats de l'Armée rouge venaient
régulièrement du secteur soviétique dans cette zone — alors sous contrôle
britannique — afin d'assurer en permanence une garde d'honneur au monument.
Le monument est flanqué de deux canons obusiers soviétiques ML-20-
152 mm, ainsi que par deux
chars T-34, les premiers à avoir pénétré dans la ville à l'issue de la
bataille.
Derrière le mémorial, se trouve un musée montrant des
photographies sur la construction de celui-ci, ainsi qu'un cimetière militaire,
où reposent près de 2 500 combattants soviétiques. D'autres mémoriaux
soviétiques se trouvent dans le Schönholzer Heide et le Treptower Park.
.
Le
Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe (
Denkmal
für die ermordeten Juden Europas), également appelé
Mémorial de
l'Holocauste (
Holocaust-Mahnmal), est un
monument situé au centre de la ville, entre la porte de Brandebourg et la Potsdamer
Platz, pour perpétuer le souvenir des victimes juives exterminées par les nazis
au cours de la Shoah.
Né de l'initiative d'un groupe de citoyens menés par la journaliste Lea Rosh
et l'historien Eberhard Jäcke, le Mémorial a été conçu par l'architecte américain
Peter Eisenman et l'ingénieur Buro Happold comme un « champ » de
19 073 m2,
couvert de
2 711 stèles de béton disposées
en maillage. Édifiées sur les terrains en jachère libérés dans les anciens
« Jardins des Ministres », les stèles font
2,42 m
de long,
0,95 m de large, et de
0 m
à
4,7 m de haut. Elles sont censées produire
une atmosphère de malaise et de confusion, représentant un système supposé
ordonné qui a perdu le contact avec la raison humaine.
Sous ce champ de stèles se trouve la « Place de l'Information »
qui contient le nom de toutes les victimes juives recensées par le musée
israélien Yad Vashem.
Le Mémorial a été inauguré le 10 mai 2005.
Le
Mémorial aux Roms européens assassinés pendant le nazisme (
Denkmal
für die im Nationalsozialismus ermordeten Sinti und Roma Europas) est un mémorial
sur le Simsonweg au sud du Reichstag à Berlin-Tiergarten. Il rend hommage aux Porajmos,
les Roms et les Sintis exécutés sous le règne du National socialisme en
Allemagne et en Europe. Conçu par l'architecte Dani Karavan, le mémorial a été
inauguré le 24 octobre 2012 en présence de la chancelière Angela Merkel et du
président Joachim Gauck. Il prend la forme d'une mare avec un triangle en son
centre. Sur les bords sont inscrits des messages.
Le
mémorial aux homosexuels persécutés pendant la période nazie (
« Denkmal für die im
Nationalsozialismus verfolgten Homosexuellen ») est un monument inauguré le 27 mai
2008 en hommage aux personnes LGBT persécutées ou tuées par les nazis.
Le mémorial a été conçu par les artistes danois Michael Elmgreen et norvégienne
Ingar Dragset.
Le cube est fabriqué en béton. Il mesure 3,60 mètres de
hauteur et 1,90 mètres de largeur. Sur la face avant se trouve une
fenêtre, à travers laquelle le public peut voir un court métrage où deux hommes
puis deux femmes s'embrassent.
Une plaque commémorative avec une inscription en allemand et
en anglais est affichée sur le monument. Elle rappelle que les persécutions des
homosexuels ont continué au sein de la République fédérale et en RDA.
Ce memorial est le troisième du genre en Allemagne après le Frankfurter
Engel (1994) à Francfort et le Kölner Rosa Winkel (1995) à Cologne.
Inauguré le 30 novembre 2008, le monument
Les trains de la vie - Les trains de la
mort (Züge ins Leben – Züge in den Tod: 1938–1939) se trouve dans
Georgenstraße près de la gare Friedrichstraße. Créé par Frank Meisler, il
représente deux groupes d’enfants séparés par une voie de chemin de fer, cette
voie qui mène à la vie ou à la mort.
La représentation sert à commémorer les
« transports d'enfants », un plan de sauvetage qui avait entre autre
permis de sauver la vie de l'artiste. Entre le 1er décembre 1938 et le début de
la Seconde Guerre mondiale, début septembre 1939, plus de 10 000 enfants
et jeunes Juifs ont été sauvés de la déportation vers les camps de
concentration nazis. Tous ces enfants étaient montés, sans leurs parents, dans
des trains qui les avaient transportés vers un endroit sûr en Grande-Bretagne.

La Bebelplatz à Berlin est connue comme le site de l'autodafé
des livres qui s'est déroulée le 10 mai 1933 par les membres de la SA et des
groupes de jeunes nazis, sur l'instigation du ministre de la propagande, Joseph
Goebbels. Ce jour-là, des étudiants brûlèrent 20 000 livres
« non allemands » pris dans les bibliothèques et les librairies. Les
étudiants firent la chaîne pour jeter les livres dans les flammes, dans les
hourras, pendant qu'un condisciple déclamait les noms des auteurs concernés.
Après Karl Marx et Karl Kautsky, vinrent les noms de 19 écrivains parmi
lesquels, entre autres, Bertolt Brecht, Sigmund Freud, Kurt Tucholsky, Stefan
Zweig, Alfred Döblin, Lion Feuchtwanger, Heinrich Mann und Erich Maria Remarque.
Aujourd'hui, la Bibliothèque engloutie (Versunkene
Bibliothek) de l'artiste Micha Ullman rappelle l'événement. Sous une plaque de
verre posée sur le sol, les passants peuvent apercevoir une bibliothèque aux
étagères vides. Un vers de Heine est gravé : « Dort, wo man Bücher
verbrennt, verbrennt man am Ende auch Menschen » (« Là où on brûle
les livres, on finit par brûler les hommes »).
L'
East Side Gallery est un morceau du mur de Berlin de
1,3 km de long situé près du
centre de Berlin, qui sert de support pour une exposition d'œuvres de street
art. La portion de mur se situe sur la Mühlenstraße, dans le quartier Berlin-Friedrichshain.
Il s'agit de la plus longue section du mur encore debout (
1,3 km environ ). Constituée
de
118 peintures
d'artistes de 21 pays, elle est peut-être la plus grande galerie permanente en
plein air dans le monde.
Un grand nombre d’œuvres fait référence, directement
ou indirectement, au mur de Berlin et à sa chute ; beaucoup également sont
porteuses de messages pacifistes entre les peuples.
Parmi elles, on peut voir
un portrait d'Andreï Sakharov et la reproduction du
Baiser de l'amitié entre Erich Honecker et Léonid
Brejnev, réalisé par Dmitri Vrubel.
A mi chemin entre la Porte de Brandebourg et le Mémorial
soviétique de Tiergarten la sculpture
Le
Crieur (Der Rufer) de Gerhard Marcks se trouve depuis 1989 entre les deux
allées de l'avenue du 17 Juin, criant au monde une citation de Pétrarque.
Radio Bremen souhaitait orner en 1966 son nouveau siège
d'une œuvre de Gerhard Marcks, qui réalisa la fameuse sculpture des Musiciens
de Brême (Bremer Stadtmusikanten).
Gerhard Marcks répondit par l'affirmative : « Je vous
fais un crieur. La sculpture devra représenter de manière relativement
intemporelle la mission radiophonique et télévisuelle de la chaîne ».
A l'occasion du 100e anniversaire de Gerhard Marcks a été
créée une reproduction berlinoise de la sculpture Der Rufer La statue repose sur un socle de trois mètres en dominant
l'avenue du 17 Juin. La plastique fut inspirée du Stentor de l'Iliade, dont la voix faisait autant
de bruit que cinquante hommes. Gerhard Marcks voyait en lui l'incarnation de la
liberté d'expression.
La proximité du mur de Berlin conféra à cette statue
immédiatement un sens politique fort. D’ailleurs, la chute du Mur de Berlin
intervint peu de temps après son inauguration.
Les mécènes firent inscrire sur le socle de la statue une épigraphe
de Pétrarque qui donne toute la force et le sens à la symbolique du cri : « Je
vais à travers le monde en criant : paix, paix, paix ! » (Ich gehe durch die Welt und rufe Friede Friede
Friede).